Accueil > festival2026 > CHRONIQUES D’HAÏFA

CHRONIQUES D’HAÏFA

Publié le mardi 2 septembre 2025, Thèmes : - Films

CHRONIQUES D’HAÏFA
(Happy Holidays)
Un film de Scandar COPTI

Allemagne, France, Palestine, Italie, Qatar, 2024
Fiction, 124 min

Sortie en salle en France : 3 septembre 2025
Synopsis
Dans une famille palestinienne de Haïfa, Fifi 25 ans, est hospitalisée après un accident de voiture qui risque de révéler son secret.
Son frère, Rami, apprend que sa petite amie juive est enceinte.
Leur mère, Hanan, tente de préserver les apparences tandis que le père affronte des difficultés financières.
Quatre voix, une maison, entre conflits générationnels et tabous, dans une société où tout peut basculer à tout moment.

bande annonce

Scandar Copti est un citoyen palestinien de l’État d’Israël. Il est né et a grandi à Jaffa. Après l’obtention de son diplôme d’ingénieur à l’école Polytechnique israélienne, Le Technion, il décide d’abandonner sa profession et de poursuivre son rêve d’enfance : devenir réalisateur. -----

critique« Chroniques d’Haïfa souligne le fait que la liberté est une question collective. Personne n’est libre si tout le monde ne s’est pas émancipé des formes d’oppression, qu’elles soient politiques, sociales ou culturelles. Le film vise à nous rappeler que nos luttes pour la liberté et l’égalité sont profondément liées. » Scandar Copti

Grâce à un récit puissant, mais aussi par le pouvoir d’une étonnante délicatesse qui n’enferme jamais ses personnages dans des postures trop simplistes, Scandar Copti réussit à décrire l’universel tout en s’inscrivant puissamment dans ce territoire singulier dont le cinéma n’a pas fini de saisir toute la complexité (voir le détonnant Oui de Nadav Lapid).

Chroniques d’Haïfa est une fresque chorale, construite en quatre chapitres où s’entrelacent, au fil des points de vue, les non-dits et les secrets dévoilés, les malaises, les dissimulations et les équilibres fragiles d’une famille palestinienne de Haïfa, ville réputée plus tolérante que d’autres en Israël. A travers ce microcosme questionné par la caméra toujours bienveillante de Scandar Copti, on découvre les nombreux points communs qui existent entre deux sociétés (la juive et la palestinienne) patriarcales gouvernées par les traditions, les normes sociétales et les préjugés. Deux sociétés qui se côtoient, se croisent et se lient avec plus ou moins de tensions mais qui sont chacune traversées par la hantise de bousculer l’ordre établi par une simple remise en question, un pas de côté ou ce simple besoin, pourtant si légitime, de désirer reprendre le pouvoir sur sa propre liberté.

Une famille palestinienne bourgeoise à Haïfa, donc. Une famille établie, connue et appréciée de sa communauté et dont la stabilité à la fois économique et affective semble solide. Rami, le fils, travaille avec son père. Hanan, la mère, est le pilier de la maison et veille à maintenir la cohésion de l’ensemble tout en préparant activement le mariage d’une de ses filles et en rêvant secrètement à l’union prochaine de l’autre, Fifi, étudiante, avec un bon parti. Mais un incident mineur va venir révéler les failles de cette apparente stabilité… Le costume du personnage dans lequel chacun s’est glissé commence à se déchirer… Fifi n’est pas seulement la docile et sage étudiante qu’elle fait semblant d’être pour ses proches et rêve d’émancipation. Rami noue une relation secrète avec une Israélienne qui lui apprend qu’elle est enceinte. Hanan est bien plus conservatrice qu’elle ne le montre et tient plus que tout à la réputation de sa famille (et à sa demeure bourgeoise, signe extérieur de sa réussite). Quant au père, homme d’affaire jusqu’ici prospère, il est au bord de la banqueroute… Tous devront ainsi faire face à des difficultés personnelles et collectives dans un carcan sociétal auquel ils ne ne pourront finalement pas échapper, maintenus dans un cercle vicieux qu’ils alimentent eux-même.

Outre sa construction originale par chapitre, qui donne au spectateur la possibilité de moduler le récit, voire de nuancer le sens des événements qui surviennent, le film a cette autre particularité d’être exclusivement interprété par des acteurs non-professionnels. Cette marque de fabrique du cinéma de Scandar Copti donne à sa fiction une dimension presque documentaire qui en amplifie la portée.
Enfin, le film évoque aussi, de manière très intelligente et fine, l’endoctrinement de la société israélienne et l’omniprésence des symboles militaires et religieux à l’école. Une réalité qui est posée comme telle, sans jugement et que chacun sera libre d’interpréter : tout au long de son déroulement, Chroniques d’Haïfa fait confiance à l’intelligence du spectateur, à sa capacité d’analyse, à son libre arbitre.

Articles similaires